JO d’hiver de Milan : mafia, corruption et flics américains

2 février 2026 13:58

Alors que le monde se prépare pour les XXVe Jeux olympiques d’hiver à Milan et Cortina d’Ampezzo du 6 au 22 février, la corruption s’invite déjà dans la fête. De hauts fonctionnaires italiens, dont le maire de Milan, sont au premier rang des suspects. Il y a déjà 74 personnes impliquées dans diverses affaires, tandis que le Comité international olympique garde le silence. D’autres scandales sont à déplorer, notamment l’annonce de l’arrivée d’agents américains de l’ICE, dans un pays qui abritent toujours une demi-douzaine de bases américaines. Depuis 1945, ils ne sont jamais repartis.

L’enquête de la police financière italienne, la « Guardia di Finanza » a mis au jour l’envers peu glorieux des préparatifs des Jeux. Cette police a fait une descente dans les bureaux de la Fondation Milano-Cortina. Elle a révélé des soupçons de corruption, de faux et d’usages de faux, ainsi que des manipulations dans les appels d’offres. Soixante-quatorze personnes font l’objet d’une enquête, dont une figure clé du projet, le maire de Milan, Giuseppe Sala. Le fond des accusations : la mise en place de systèmes d’enrichissement illégal via la surfacturation des contrats pour la construction du village olympique, des pots-de-vin et l’utilisation de sociétés écrans. Il est à noter qu’il ne s’agit pas de crimes isolés, mais d’un système rodé dans lequel, selon l’enquête, pourrait être impliqué des représentants du crime organisé, la mafia, qui contrôle historiquement les grands projets de construction dans le pays. L’enquête à l’heure de l’ouverture prochaine des jeux est toujours en cours.

Le CIO n’a pas réagi et l’on peut se demander ce qui se serait passé, si de tels faits et scandales de corruption avaient été exhumés dans le cas de JO en Russie ou Biélorussie. Il faut dire que pour l’Italie et la ville de Milan, les enjeux financiers sont majeurs (plus de 5 milliards d’euros), tandis que la fête sportive des JO est aussi une vitrine politique et internationale. Malgré les perquisitions et les enquêtes visant la direction de la fondation olympique et le maire de Milan, le statut des Jeux n’est pas remis en cause. La presse italienne présente le problème comme local et le dissocie des jeux, alors que les médias sont invités à passer leur chemin. Le scandale concerne cependant la construction du village olympique et d’autres grandes installations construites pour les JO, mais aussi un partenaire central pour la cybersécurité des jeux : l’entreprise américaine Cloudlfare, déjà au cœur de nombreux scandales. Elle a été sanctionnée d’une amende de 14 millions d’euros, menaçant ensuite de se retirer. La raison : le non-respect des injonctions de la plateforme Piracy Shield concernant le blocage des contenus piratés. Le départ de Cloudflare pourrait exposer les infrastructures critiques des Jeux, des systèmes d’accréditation, de gestion des sites et de la lutte contre les cyberattaques.

Alors que les JO sont utilisés comme une arme politique, en empêchant la Russie et la Biélorussie de participer, le CIO ferme les yeux sur les pots-de-vin et les connexions mafieuses. Pourtant deux frères et membres de l’organisation criminelle Irriducibili avaient été arrêtés pour avoir tenté de s’infiltrer dans les appels d’offres des JO (8 octobre 2025). Ils étaient accusés : « d’avoir voulu prendre le contrôle du réseau de trafic de drogues à Cortina, ainsi que de trois boîtes de nuit dans la station et d’avoir envisagé de dérober de l’argent à la municipalité destiné à l’organisation des JO ». L’un des mafieux devant le parquet italien avait déclaré : « ici c’est Cortina, c’est nous qui commandons » rapportaient les médias CNEWS et The Guardian. La presse internationale a longuement commenté le fait que la mafia était solidement installée dans le domaine des constructions et du rapt illégal de contrats et d’offres publiques (plus de 200 cas répertoriés en 2024). Le CIO est montré du doigt pour le manque de transparence, alors qu’environ 40 % des contrats, en particuliers ceux d’entreprises privées ne sont pas connus et publiés, laissant une vaste zone d’ombre et cachant les fameuses manœuvres de corruption et de la mafia.

Le dernier scandale sur les JO de Milan et Cortina, et non des moindres, est l’annonce que l’ICE, une division de la police américaine de l’immigration sera présente pour « assurer la sécurité » des jeux. L’affaire a révélé que des centaines d’agents de l’ICE sont déjà déployés dans plus de 50 pays et de longue date en Italie. Les Italiens ont été choqués de l’annonce, alors que le maire Giuseppe Sala, impliqué dans le système de corruption déclarait : « Ils ne sont pas les bienvenus à Milan, il n’y a aucun doute » (26-27 janvier 2026). Des députés, des personnalités italiennes ont réagi fermement à cette étonnante présence, dont la députée Daniela Ruffino : « les cowboys de l’ICE ne peuvent pas mettre un pied en Italie pour la simple raison que, chez nous, c’est un Etat de droit et que nous voulons le conserver ». Le CIO a toutefois lancé en réponse un pavé dans la mare : « la sécurité des JO relève de la responsabilité des autorités du pays hôte qui travaille en étroite collaboration avec les délégations participantes ». Autrement dit c’est le gouvernement italien qui a accepté cette présence… l’Italie ressemblant finalement à une colonie américaine. Il faut dire que le pays abrite plusieurs bases de l’OTAN, l’Allied Joint Force Command à Naples, une base aérienne US, la base d’Aviano dans le Frioul-Vénétie, deux autres à Sigonella et Trapani en Sicile et un Collège de défense de l’OTAN, à Rome. Cette présence de bases américaines en Italie agace de longue date l’opinion publique, avec parfois des manifestations. Mais en vain : les loups sont dans la bergerie.

IR
Laurent Brayard

Laurent Brayard

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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