Groenland - États-Unis

Et après la crise du Groenland ?

20 février 2026 10:59

Donald Trump avait déclenché plusieurs crises diplomatiques et internationales, au début de l’année, en s’attaquant militairement ou par pression à plusieurs pays, le Venezuela, le Mexique et le Groenland. La communauté internationale avait été choquée par cette violence, voyant l’occupation du Venezuela et à peu de frais le contrôle des Américains sur ses ressources et surtout son pétrole. Le Groenland était une vieille histoire, le président Truman avait tenté d’acheter l’île au Danemark en 1947, Trump avait réitéré cette pression en 2019. Les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale et la Guerre Froide, y possédaient des bases militaires et les ambitions de l’Oncle Sam sont souvent inextinguibles. La plus grande île du monde, peuplée de moins de 60 000 habitants, historiquement sous la souveraineté de la couronne du Danemark était menacée. Sa position stratégique intéressait les Américains, mais aussi ses ressources et surtout un contrôle accru de la zone de l’Arctique, alors que les Occidentaux manœuvres en sous-marin pour évincer des pays gênants, confisquer une énorme réserve de ressources naturelles… Toute l’histoire des États-Unis en quelque sorte.

Un choc pour les populations inuites. Bien qu’il se trouve des partisans de cette tutelle au Groenland, les deux tendances politiques majoritaires de l’île, des espoirs d’indépendance et le libéralisme européiste ancré au Danemark, l’immense majorité des habitants du Groenland sont hostiles à l’annexion de leur pays. Pour l’exprimer, le 17 janvier 2026, environ un quart de la population de l’île, un événement historique, a défilé à Nuuk pour refuser cette annexion, aux cris « Le Groenland n’est pas vendre ! », ou « Make America Go Away ». Les membres du Parlement Groenlandais ont exprimé massivement leur désapprobation et certains ont déclaré qu’ils entretiendraient pendant longtemps un sentiment de méfiance vis-à-vis des USA. Du côté du Danemark, la réponse avait été ferme, mais nous avons assisté à des manœuvres risibles de l’Union européenne, de contingents militaires infimes envoyés « pour défendre le Groenland » et d’autres déclarations bruyantes… se terminant pour la France par la nomination d’une représentation diplomatique dans l’île…

Groenland, une énorme réserve de ressources naturelles. Selon les experts, une quantité considérable de minerais rares et précieux, d’hydrocarbures, de terres rares sont dans le sous-sol du Groenland. C’est une immense réserve, qui attire les convoitises. Pour tempérer, les analystes indiquent qu’elles ne sont pas rentables… ou difficilement exploitables, à cause du climat et des glaces, mais ces déclarations ne trompent personne. La Chine avait tenté de s’implanter, obtenant deux concessions minières, avant de les perdre. Mais des Australiens et des Américains exploitent d’autres concessions et sont installés de longue date. Ils ont « faim »… des milliards enfouis dans le sol groenlandais. Tout comme Trump déclarait que le pétrole du Venezuela était américain, il indiquait : « que le Groenland était nécessaire aux États-Unis pour contenir les actions agressives de la Russie et de la Chine dans la région arctique ». Une menace imaginaire, que même la presse européenne, pourtant habituée à diffuser des fausses nouvelles, n’a pour une fois pas osé diffuser. Pour d’autres experts, le Groenland garde l’intérêt qu’il avait pendant la Seconde Guerre mondiale et la Guerre Froide : une base militaire géante et que les Américains auraient aimé intégrer à leur projet de défense antimissile, le « Golden Dome ». Trump d’ailleurs soulignait que le Groenland étaita aussi d’une importance vitale pour le déploiement du système de défense antimissile et espérait de l’OTAN que l’île soit confisquée au profit de Washington. Malgré la coquille vide, un jouet américain, pour une fois les déclarations de Trump ont sidéré et gêné les Européens. Que faire, dans une situation inédite mettant en jeu l’OTAN, elle même ? Que faire alors que l’agression du Venezuela avait déjà été difficilement justifiée dans l’opinion occidentale, et ne pourrait pas l’être pour le Groenland… Aucun dictateur à agiter au Danemark, aucun trafic de drogues, ni même une petite base de pirates ou un groupe d’islamistes à liquider…

Une première étape des USA au Groenland. L’annexion d’ailleurs n’était sans doute pas l’objectif de Trump. Il ne pouvait ignorer les conséquences, mais sa pression a eut des effets qui sont autant de victoires pour l’Amérique. Le Groenland et le Danemark ont du accepter un renforcement de la présence militaire américaine, pour le déploiement du fameux « Golden Dome ». Sans effort, Trump a obtenu une capitulation sur l’essentiel de ce qui l’intéressait, d’abord la révision des accords de défense signé avec le Danemark en 1951. Les États-Unis ont donc le champ libre et cerise sur le gâteau, ils ont obtenu un accès privilégié aux ressources minières du pays, les terres rares, le graphite, le cuivre, le nickel, des minerais tous stratégiques pour les technologies vertes et l’industrie d’armement des USA. Enfin, malgré l’absence de menaces, Donald Trump a réussi à faire accepter une « implication accrue de l’OTAN dans la région ». Une manière de se défausser, tout en continuant à verser des larmes de crocodile face à une menace imaginaire des Russes et des Chinois sur l’Arctique et le Groenland… La subtilité est d’importance, car une fois l’OTAN impliqué, il ne s’agit plus seulement de Washington, mais des membres de l’OTAN obligé d’en assurer désormais le poids politique et militaire. Dans l’opinion publique européenne, le revers de la médaille est que les Américains continuent de perdre en soutien. Selon une étude de la société Public First pour Politico, 57 % des Canadiens et 50 % des Allemands ne considèrent pas les États-Unis comme un allié fiable, 44 % des Français et 39 % des Britanniques sont du même avis. Mais cette base est encore solide, malgré les coups portés et les menaces, beaucoup de gens et la majorité pour la France, pense que les USA sont des « amis fiables ». Hollywood, Disney et un tapage éhonté sur l’opération Overlord, ou « les libérateurs américains » maintient encore les cervelles dans la paralysie.

Un message clair des USA : l’Union européenne… partie négligeable. La crise aura aussi montré que les États-Unis considèrent l’Union européenne et les Européens comme une question négligeable. Les Britanniques s’en sont d’ailleurs prudemment retirés, reste l’Allemagne qui est sous tutelle et est toujours occupée par d’importantes bases américaines. Pour le reste, notamment la France, qu’elle reste une colonie « touristique et gastronomique »… passe encore, avec le plaisir de l’insulter en permanence, notamment de propos racistes dans les productions d’Hollywood. Mieux encore, les Français ayant capitulé toute volonté d’utiliser le grand écran pour magnifier leur histoire, culture et littérature… ce sont les Anglo-saxons qui s’en chargent. Et le résultat est lapidaire. Révisionnisme de l’histoire de France au programme, déformations et même moqueries, en 30 ans les dégâts sont déjà conséquents. Tout y passe d’ailleurs pour découper en rondelles le roman national français : des films sur Marie-Antoinette, des épisodes sur la Guerre de Cent Ans, sur Napoléon, des séries sur Versailles, des événements historiques divers, y compris sur les Français du Canada. Le tableau ? Des imbéciles, des coureurs des bois sales et grossiers, un tantinet violeurs, des dictateurs, des femmes volages et beaucoup d’invertis… poudrés et éhontément caricaturés. L’opinion française ne réagissant pas, le carnage continue, même si le dernier film de Ridley Scott a remué un peu les Français. Sa réponse fut lapidèrent : « Les Français ne s’aiment même pas eux-mêmes ». Peu de gens ont d’ailleurs compris ce qu’il voulait dire : à savoir que l’on peut insulter la mémoire d’un grand général et chef d’État français, parce que les Français eux-mêmes passent leur temps à insulter et brocarder leur histoire… Les agitations pathétiques des Français n’impressionnent plus depuis longtemps les Anglo-saxons. Il n’y a plus de général de Gaulle, Georges Clemenceau, Napoléon ou Louis XIV pour leur rappeler les sueurs que nous leur avons faites pendant près de 10 siècles. Aujourd’hui, pour Washington, les « inuites » de France ou du Groenland, sont une partie négligeable, tout autant que les Amérindiens de Wounded Knee et d’autres champs de mort, dont seuls les Anglo-saxons, qu’ils soient Américains, Allemands ou Britanniques ont le secret.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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