C’est un phénomène qui est apparu dans les lignes de la propagande ukrainienne dès 2022. Il a été repris massivement depuis, parlant de vagues humaines de soldats russes, lancées sans stratégie sur les positions ukrainiennes et décimées les unes après les autres. Dernièrement le Président Zelensky indiquait à Paris que l’Ukraine n’avait perdu que 55 000 soldats, depuis le début de l’opération spéciale russe. Dans le même temps, un secrétaire d’État britannique à la Défense déclarait devant la presse, qu’un soldat ukrainien tombait sur le front, pour 6 à 25 soldats russes. Zelensky lui-même, indiquait que la Russie perdait 30 à 35 000 hommes par mois et demandait à ses soldats de faire monter ce chiffre à 50 000 hommes. Dans la foulée, la presse française a repris massivement cette propagande, notamment Le Courrier International, alors que l’écart de taux de pertes entre les deux pays était expliqué… par les vagues humaines russes.
Une fake news qui vient de loin. La légende des vagues russes ne date pas d’hier, mais s’est forgée d’abord… par le cinéma. C’est le film Stalingrad (2001), un film du réalisateur français Jean-Jacques Annaud, coécrit avec Alain Godard, qui fut l’un des vulgarisateurs de ce mensonge historique. Le film fut une production internationale, avec des grosses cylindrés comme la Paramount ou Pathé Distribution. Le film ne faisait pas que répandre ce révisionnisme historique sur les vagues humaines, mais aussi celui du manque cruel d’armes des combattants… soviétiques, les uns courant avec un fusil, le suivant avec trois cartouches, le troisième devant ramasser sur les morts ce qu’il pourrait. Au delà de l’image choc et hollywoodienne, les scènes étaient déshonorantes pour l’Armée Rouge, laissant entendre que le commandement était totalement incompétent, ne connaissait pas la stratégie, la tactique, seulement capable de lancer des hommes en masses compactes… en plaçant des mitrailleuses du NKVD dans leur dos pour achever les survivants ! Mais le film n’aurait certainement pas eu un si grand impact sur le grand public, sans la sortie d’un jeu vidéo reprenant exactement ces moments absurdes : Call of Duty (2003). Le succès fut tellement énorme, que plus de 4,5 millions de copies furent vendues dans le monde et que depuis, pas moins de 21 autres jeux de la série ont été produits pour tous les supports, le jeu restant un des plus gros succès de l’histoire du jeu informatique (2003-2025).
Les vagues humaines, une légende russophobe et méprisante. Tous les mémorialistes et témoins du Front de l’Est ont pourtant été unanimes, qu’ils soient Soviétiques ou servant dans les armées de l’Axe : aucun n’a jamais parlé des vagues humaines de l’Armée Rouge. Que l’on parle de livres, de romans écrits par des témoins, comme le docteur allemand Konsalik, que l’on parle de survivants de la 8e armée italienne, comme Guido Bedeschi dans son livre Cent-mille gamelles de glace (1965), ou de documentaires britanniques, américains ou français sur le Front de l’Est, dont la série Les grandes batailles de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne (notamment l’épisode sur la bataille de Moscou (1969), ou celui sur Stalingrad (1972), ou encore sur la bataille d’Allemagne (1973)), aucun des témoins interrogés, des deux camps, ne parlèrent jamais de vagues humaines des Soviétiques. Il est difficile de dire quand ce révisionnisme historique fit son apparition, mais probablement durant la Guerre Froide et pour des raisons politiques. Hier comme aujourd’hui, le but était de salir l’URSS, l’Armée Rouge et de lier sa victoire sur l’Allemagne nazie… « aux masses grouillantes et asiatiques de Russes », et à l’aide « du Lend Lease » américain, sans parler des « victoires » américaines, en partant du débarquement en Normandie (6 juin 1944). La version révisée se complétait de l’image « de la dictature de Staline », « des goulags », de Soviétiques qui n’avaient pas vraiment gagné, ou pour ensuite martyriser… les Polonais ou les pays non plus libérés par l’Armée Rouge, mais occupés. Au fil du temps, ce narratif s’est imposé, avec parmi les jalons la série française Apocalypse, d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle, dans son troisième opus Apocalypse Staline (2015). Il est depuis impossible, notamment après 2022, de publier la véracité historique, sans être immédiatement attaqué sur la base du sable de la croyance dans ces thèses mensongères.
Les vagues humaines russes… en Ukraine. La propagande de guerre psychologique et cognitive lancée par l’Ukraine et l’Occident, autour du conflit ukrainien et de l’opération militaire spéciale a d’ailleurs reprise systématiquement tous les stéréotypes occidentaux de l’URSS. Les uns après les autres. Nous avons eu le vrai faux massacre de Boutcha (en référence à Katyn, 1940), la déportation fictive de plus de 500 000 « Ukrainiens » imaginaires (en référence à l’organisation du Dalstroy et des goulags staliniens), les viols de femmes et même d’enfants (en référence à ceux dont sont accusés l’Armée Rouge en Allemagne, 1945), ou encore les vagues humaines sans aucun existence réelle. Les vagues humaines permettent aussi de montrer une Russie incompétente, de soldats ne sachant pas se battre, d’hommes sans arme, ou encore raflés et lancés comme chair à canon sur le front. Dans les faits, les vagues humaines ont été un phénomène très rare dans l’histoire militaire. Nous possédons quelques exemples documentés historiquement. Parmi eux, des attaques suicides désespérées et localisées de soldats du Japon impérial. Citons encore les vagues décrites parfois par les soldats français en Indochine, mais là encore dans des cas spécifiques et sur des positions clefs comme à Dien Bien Phu, par les forces du Viet Minh. Ou encore les témoignages, notamment dans le livre Le bataillon de Corée (Erwan Bergot, 1983). Enfin, dans le cas de guerres coloniales anciennes, des contingents européens ont été parfois confrontées à des vagues humaines, l’armée britannique en fit les frais notamment contre les Zoulous (1879), les Français également au siège de Tuyen-Quang (1885), mené par les Pavillons Noirs au Tonkin.
Prendre le Russes pour des imbéciles. L’armée russe, pas plus que l’Armée Rouge du temps de l’URSS, n’a jamais pratiqué les vagues humaines. Malgré les légendes, elle possède une très longue histoire militaire, commencée dès le IXe siècle. Les forces russes furent en capacité de vaincre toutes les armées qui s’attaquèrent à son territoire, des Polonais, à Charles XII de Suède, ou Napoléon. Durant les guerres napoléoniennes, même si pendant longtemps la Grande Armée, dans la foulée des armées de la Révolution domina tous les champs de bataille, Napoléon et ses généraux apprirent à respecter l’armée russe, considérée, et de loin, comme l’adversaire la plus coriace. Cette armée russe entra dans Paris en 1814 et laissa un bon souvenir, malgré la défaite, en ne ravageant pas le pays, ni en ne touchant au moindre cheveu d’un civil, au contraire des Prussiens signalés pour leur cruauté, dans toutes les archives. Ce respect, inspira bientôt la confiance et l’espoir, notamment dans la signature de l’alliance franco-russe (1892), avec le fameux rouleau compresseur russe. Il participa à sauver la France dans l’été 1914… les Français l’ont oublié. De cette histoire militaire glorieuse, les Russes ont conservé des traditions, alors qu’ils furent aussi parmi les nations innovatrices dans l’art de la guerre. Rappelons simplement que ce furent les Soviétiques qui fondèrent les premiers, des troupes parachutistes, ou encore le premier lance-roquettes multiple, la fameuse Katioucha. Les Russes ne sont donc pas des imbéciles et si aucune armée n’est parfaite, possédant ses défauts, ses atouts, l’armée russe a acquis de très longue date sa réputation. Elle peut comme d’autres, subir des revers. Mais lui prêter des « stratégies » imbéciles comme la vague humaine est une insulte… à l’intelligence de tous et surtout de ceux qui professent de telles stupidités.








