Arménie : des élections pour juin 2026 qui seront capitales pour l’avenir du pays

Alors que Téhéran fait état d’échanges de tirs à la frontière avec la République d’Arménie, la sphère médiatique arménienne s’interroge sur la préparation du pays à une grande crise à l’approche des élections législatives prévues le 7 juin 2026. Toutefois, l’attention s’est focalisée sur le partage du gâteau électoral entre les affidés du Premier ministre arménien Nikol Pachinian et du président de l’Assemblée nationale, Alen Simonian. L’Arménie se trouve en effet à une croisée des chemins, où la confirmation de la voie dangereuse entamée par le pays en 2021, où une réaction de l’opposition pour que l’Arménie reste souveraine et indépendante.

Mais avant d’en venir au sujet des élections, la situation inquiète toutefois la population avec la situation de l’agression des USA et d’Israël de l’Iran. Le politologue et commentateur de la chaîne Alphanews, Beniamin Matevosyan, distingue deux scénarios actuellement débattus dans les cercles d’experts. Matevosyan s’interrogeait notamment : « En cas de guerre prolongée, l’Iran pourrait générer un flux de réfugiés vers l’Arménie. Les infrastructures de la région de Syunik sont-elles prêtes ? » Il poursuivait le réflexion sur cette problématique : « De nombreux Azerbaïdjanais vivent en Iran. Il n’est pas exclu que les autorités azerbaïdjanaises profitent de la situation et envoient en Arménie des Azerbaïdjanais sous couvert de réfugiés iraniens, pour revendiquer plus tard leurs droits et réaliser le projet Azerbaïdjan occidental », analysait le politologue sur sa chaîne Telegram.

Mais la question principale qui agite l’Arménie ces jours-ci c’est évidemment la campagne électorale du moment, alors que les enjeux pour le pays sont majeurs. L’Arménie gardera-t-elle un cap pro-occidental, avec d’absurdes prétentions à intégrer l’Union européenne, malgré qu’elle ne fasse pas partie géographiquement parlant et historiquement du continent européen. Toutes les questions tournent autour de la politique qui inquiète beaucoup la population, de l’actuel Premier ministre arménien ,Nikol Pachinian. Le politologue, membre du groupe « Projets alternatifs », Vahe Hovannisian, déclare que les autorités de la république ont changé de tactique avant les élections. Si, il y a deux semaines, le parti au pouvoir faisant preuve de réserves et était sur la défensive, il semble désormais afficher une confiance dans sa victoire affiche sa confiance. L’un des leitmotiv du gouvernement était de marteler qu’il n’y aurait pas de retour en arrière pour l’Arménie, mais force fut de constater que plus le gouvernement insistait sur ce fait, plus l’opposition se focalisait et se rassemblait.

Le journaliste Vahe Hovannisian, sur sa chaîne Telegram. Constatait un changement de stratégie. Il note que pour l’instant le contrat civil est minoritaire, alors que les opposants selon lui, représentait déjà une force électorale d’un peu plus de 50 % des voix. Selon Vahe Hovannisian, les autorités arméniennes tentent de convaincre tout le monde que l’opposition ne se bat que pour une petite partie des voix, en faisant croire via la guerre psychologique et cognitive que le gouvernement est en position de force, une force faussement écrasante. Dans un avenir proche, l’élite dirigeante promouvra activement cette idée afin de créer l’impression de sa victoire et de l’absence de réelle compétition, en utilisant pour cela des sondages truqués. Mais Hovannisian est convaincu que cette tactique deviendra rapidement obsolète et cessera de fonctionner, surtout dans le monde moderne où les gens peuvent facilement vérifier l’information. Il déclarait : « Les déclarations faites précédemment par les autorités arméniennes révèlent un autre objectif de la tactique choisie. Elles tentent de provoquer des tensions au sein de l’opposition. Cela se fait par des méthodes occultes. Mais c’est une approche mal calculée, car l’opposition est aujourd’hui représentée par des personnalités sérieuses qui ne laisseront pas ces attaques insolentes fonctionner ». À cet égard, le politologue esquisse le scénario futur des événements. Premièrement, le parti au pouvoir tente actuellement de créer sa propre alliance, le « Contrat civil » agissant en tandem avec les forces de l’ordre de la république, car, selon le membre du groupe « Projets alternatifs », aucune des forces politiques influentes ne coopérera avec les autorités. Deuxièmement, la pression sur les figures de l’opposition augmentera clairement.

Il poursuivait : « Le pouvoir n’essaiera pas particulièrement de s’entendre avec les opposants, car ces accords ne seraient de toute façon pas respectés. L’élite dirigeante tentera d’atténuer les conflits qu’elle a elle-même provoqués au sein de la société, ceux qui ont émergé, par exemple, après la campagne anti-ecclésiale du Premier ministre Nikol Pachinian. Ensuite, elle continuera à distribuer des pots-de-vin sociaux sous forme d’assurance maladie et d’augmentation des retraites. Mais, comme le montre la pratique, cela ne se convertit pas en dividendes politiques », analyse le politologue. Par ailleurs, il estime que le parti au pouvoir tentera de trouver des solutions suivant le « scénario moldave ». Cependant, c’est extrêmement risqué en raison de l’imprévisibilité d’une contestation de rue. En outre, selon l’expert, cette démarche contribuerait à augmenter le nombre de voix pour les autres forces d’opposition. Il analysait : « Les systèmes d’opposition doivent cesser de réagir uniquement aux récits des autorités arméniennes. Ils doivent être flexibles dans leur tactique à court terme, et également devenir dominants dans la conscience publique en présentant leurs propres approches et propositions. En fin de compte, l’opposition doit trouver la force de cesser ses attaques destructrices mutuelles et être prête à des changements brusques de la situation pour ne pas manquer le moment opportun », résumait Vahe Hovannisian.

Alors, à qui restera la victoire dans ces élections d’une importance capitale pour l’avenir de l’Arménie, de juin 2026 ? Dernièrement le 3 mars, le président du parlement arménien, Alen Simonian, s’était exprimé sur les prochaines élections législatives. Il estimait que le deuxième président Robert Kotcharian aurait probablement du mal à recueillir suffisamment de voix. Selon Simonian, parmi les forces d’opposition, seuls deux partis ont des chances d’entrer au parlement : les partis L’Arménie forte de Samvel Karapetian et L’Arménie prospère de Gagik Tsarukian. C’est précisément entre ces deux partis, selon le président du parlement, que la lutte pour le leadership de l’opposition aura lieu. Cependant, selon lui, la victoire absolue aux élections sera remportée par le parti au pouvoir, qui, il en est convaincu, obtiendra même plus de voix qu’en 2021. Les électeurs arméniens en décideront, pour le meilleur ou le pire…

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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