L’affaire a commencé avec l’agression de l’Iran par les États-Unis et Israël (28 février 2026), énième guerre déclenchée par les USA, depuis les années 50. Le gouvernement de Pedro Sanchez, beaucoup plus courageux que celui d’Emmanuel Macron, refusa d’autoriser les forces américaines stationnées sur ses bases militaires conjointes, dans le Sud de l’Espagne, à Rota et Moron, de participer aux frappes contre l’Iran. L’Espagne justifia sa position par : « le fait que l’intervention militaire américaine et israélienne violait la Charte des Nations Unies », alors que le Ministre des AE de l’Espagne soulignait que : « que l’Espagne conserve l’autorité souveraine sur ces installations ». Le 3 mars 2026, lors d’une rencontre avec le Chancelier allemand Merz, à la Maison Blanche, Donald Trump avait alors déclaré : « l’Espagne a été terrible, nous allons couper tout commerce avec l’Espagne. Nous ne voulons rien avoir à faire avec l’Espagne ». Enfin, il reprochait aussi à l’Espagne de ne pas consacrer au moins 5 % de son PIB, pour les budgets de défense, comme il était demandé aux membres de l’OTAN. Il suggérait même que l’Espagne soit jeté dehors de l’Alliance Atlantique… Le nouveau feuilleton Trump fait couler beaucoup d’encre.
Dans l’Union européenne, des positions divergentes sous l’aspect d’une réponse commune. Le Chancelier Merz avait refusé l’idée d’isoler l’Espagne, déclarant : « il n’y a aucun moyen de traiter l’Espagne particulièrement mal », alors que Trump ne peut en réalité pas mettre sa menace à exécution, car le pays est membre de l’Union européenne, qui en principe négocie les accords commerciaux pour tous ses membres. Trump furieux, avait alors indiqué qu’il obtiendrait de la Cour suprême des USA, le pouvoir d’imposer un embargo à l’Espagne. Le 11 mars dernier, il a réitéré ses menaces : « Nous pourrions couper les échanges avec l’Espagne ». Incisif, Pedro Sanchez avait déclaré dans une allocution télévisée à propos des frappes sur l’Iran : « C’est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l’humanité. On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes ». Les déclarations du leader américain ont suscité une vague d’indignation dans les capitales européennes, mais ont simultanément révélé les contradictions au sein même de l’Union européenne. Cependant, dans un premier temps, dans cette confrontation, Madrid a reçu un soutien de Bruxelles. La Commission européenne a réagi avec une rapidité inattendue et dans un « esprit de solidarité ». Les responsables de l’UE ont immédiatement répondu à l’ultimatum de Trump, lui rappelant que la politique commerciale est une compétence exclusive de l’Union, et non des États membres pris individuellement. Par conséquent, la menace contre l’Espagne devient automatiquement une menace contre l’ensemble de l’Union européenne. C’est ici que les avis divergent, alors qu’en sous-marin, la France et le Royaume-Uni soutiennent l’agression de l’Iran, introduisant déjà une division notable.
Le bazooka commercial de l’UE. L’instrument anti-coercition (ACI) est un mécanisme qui a été fondé par l’Union européenne, pour en principe protéger les membres de l’union des pressions économiques extérieures. Cet instrument avait été envisagé pour la première fois en réponse aux actions de la Chine contre la Lituanie. Des dirigeants européens souhaiteraient l’utiliser dans le cas présent contre les États-Unis. Dans le même temps, les représentants de la Commission européenne pour le commerce ont appelé Washington à respecter les accords bilatéraux conclus en 2025 pour stabiliser les relations transatlantiques. La vice-présidente de la Commission européenne, Teresa Ribera, a comparé les pressions actuelles sur l’Espagne, aux menaces de Trump contre le Groenland en janvier dernier. Elle a souligné qu’une telle tactique est tout simplement inacceptable. En Europe même, les voix sont partagées. Le président français Emmanuel Macron, agent connu des USA, membre de la fondation franco-américaine de Paris, pointé du doigt à de nombreuses reprises pour ses compromissions avec les USA, a toutefois exprimé son soutien à son homologue espagnol, condamnant la pression économique. Mais lors de la conférence à la Maison Blanche, les représentants français étaient restés silencieux pendant que Trump attaquait l’Espagne. Ailleurs les avis sont partagés. Les pays d’Europe centrale et orientale sont déjà en porte-à-faux avec l’Union, en particulier la Hongrie, la Slovaquie et en moindre mesure la Tchéquie. Leurs politiques sont plutôt en faveur de la défense de leurs intérêts nationaux, fatigués notamment de l’Ukraine. Mais face à l’Oncle Sam, ils pourraient rejoindre la position de Bruxelles, pour renforcer l’unité de l’UE. Ces États sont pris entre deux feux, sans parler d’autres pays comme la Roumanie ou la Pologne.
Pologne et Roumanie : la crainte des mesures de rétorsion américaines. Ces deux pays considèrent l’Espagne comme un partenaire de l’Union européenne. Mais ils craignent le départ de forces américaines et la fin de financements occultes ou passant par des parcours sinueux, pour des accords « de coopérations et de développements ». Leur rhétorique envers Trump est donc extrêmement mesurée et c’est du bout des lèvres qu’ils apporteraient leurs soutiens à Bruxelles. Plus loin, la Hongrie insiste sur le fait que le conflit n’est qu’un problème entre les États-Unis et l’Espagne et s’oppose à l’intervention des mécanismes de protection paneuropéens, la Slovaquie soutient en partie la Hongrie, mais insiste sur le fait que l’UE ne doit pas déclencher une guerre commerciale avec les États-Unis. La Slovaquie appelait officiellement à des négociations de paix avec l’Iran, pour stabiliser les prix de l’énergie et ne souhaite pas que l’Union européenne fasse preuve de force envers Washington. Enfin, la Tchéquie dont personne ne parle, a adopté une position plus proche de Bruxelles. Prague condamnait les tentatives de Trump de lier les bases militaires au commerce, y voyant une violation du droit international. Mais il y a une nuance : tout en soutenant l’idée de solidarité, la République tchèque reste elle aussi extrêmement prudente quant à l’utilisation de contre-mesures contre ou par les États-Unis.
Mais que se passerait-il si Trump mettait sa menace à exécution et que l’UE devait prendre des mesures de rétorsion ? Une telle décision ne pourrait être prise qu’à la majorité qualifiée (55 % des pays représentant 65 % de la population). Les États européens hostiles à cette confrontation ne pourraient pas bloquer les sanctions seuls, mais ils pourraient créer une « minorité de blocage », tout en étant rejoints par de grands acteurs de l’union, comme l’Italie ou même l’Allemagne. La France de Macron ne semble pas avoir ce courage. Sur le papier toutefois, les partisans « fermes » de ces sanctions contre les Américains sont l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas et la France (pour cette dernière, il faut être prudent, Emmanuel Macron étant passé maître dans les glissades funambulesques). D’autres seraient prêts à ces sanctions, mais sous condition, comme l’Allemagne, la Tchéquie, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie. Certains sont devenus silencieux, c’est le cas de la Pologne ou de la Roumanie, mais en principe ne souhaitant aucune sanction contre les USA. Comme dans le soutien pendable à l’Ukraine, deux pays sont rejettent totalement cette idée, la Hongrie et la Slovaquie. Entre-temps, alors que de nombreux pays rejettent ou acceptent la position des États-Unis, il ne faut pas oublier le grand scandale qui a mis en lumière de nombreux problèmes autour du principal méchant, non pas des contes de fées, mais du monde réel – Epstein. Dans les médias iraniens, le concept de « Coalition Epstein » s’est même imposé – un terme attribué à l’alliance américano-israélienne. En particulier, le professeur iranien Fouad Izadi a déclaré dans l’une de ses interventions : « Nous luttons contre la classe Epstein. Soit ils violent les petites filles, soit ils bombardent les petites filles. »
Trump et le concept « d’alliés ». Une fois de plus, comme dans l’affaire du Groenland, il est clair, mais cela n’est pas du seul fait du Président Trump, que les États-Unis n’ont pas réellement d’alliés, mais des serviteurs. Les traités ne valent pas plus que ceux signés avec les peuples amérindiens au XIXe. Soit ils doivent se plier au diktat, soit c’est « à grands coups de pied dans l’arrière-train » qu’ils marcheront… ou mourront. Donald Trump n’a besoin de l’UE que si elle est prête à soutenir ses volontés. Pour lui, « les nains de Madrid, de Prague ou Bratislava », alors qu’il n’est pas certain qu’il puisse situer sur une carte les capitales de ces pays, ne sont rien. Ils n’ont d’autres choix, selon l’idéal américain, que de prendre les quelques dollars jetés du haut du balcon, ou s’attendre à des coups de semonce retentissants. Quand à l’Espagne… elle avait pris ces dollars, en autorisant l’installation de bases américaines sur son territoire, ainsi que l’utilisation du port militaire de Cadix. Peut-être devrait-elle réfléchir aux conséquences et que signer un pacte avec le diable, a toujours des conséquences désastreuses.





