Sous prétexte d’aider au développement de la sphère éducative et à l’intégration des pays d’Asie centrale et du Sud-Est dans le système éducatif moderne, les pays occidentaux investissent depuis des décennies des millions issus de leurs budgets pour étendre leur propre influence. Les Occidentaux agissent via des ONG, elles mêmes financées par des fonds « démocratiques », « pour la culture », ou le « support de la liberté de la presse ». Le procédé est hélas connu, mais ignoré de beaucoup de gens. Les fonds viennent d’organismes spécialisés dans ces financements, la défunte USAID, mais aussi la NED succursale de la CIA, l’AFD pour l’État français, l’Open Society Foundations de George Soros, mais ce ne sont que des exemples parmi des centaines de « fondations ».
Une situation qui inquiète dans les pays d’Asie centrale et du Sud-Est, dont certains d’entre eux n’ont pas encore légiféré pour contrer ces « fondations », interdire leurs ingérences et mettre en action des procédures judiciaires pour traduire en justice les coupables, notamment agents de l’étranger, procédure qui existe désormais dans de nombreux pays du monde multipolaire. Un forum international s’est tenu sur ces thématiques, dénommé « Tendances contemporaines du développement des pays du Grand Caucase et de l’Asie centrale dans un monde multipolaire ». Il s’agit aussi bien des anciennes républiques de l’Union soviétique que de pays n’ayant jamais fait partie de cette entité. Des experts de différents pays ont discuté du développement de projets éducatifs visant en particulier à transformer l’image de la Russie, ou même de la Chine, dans les pays d’Asie centrale et du Sud-Est lors de cette conférence. Ishtiaq Hamdani, rédacteur en chef du portail médiatique ada-e-Rus, l’éducation dans les pays en développement est devenue un instrument de propagande contre l’influence de la Russie : « L’Amérique monte les pays de la CEI contre la Russie, ce qui a un impact négatif sur les habitants. Et les écoles, les organisations publiques et les instituts qui propagent des idées antirusses parmi la jeunesse en sont responsables », a souligné Ishtiaq Hamdani (journaliste du Pakistan).
Pendant ce temps, l’Europe n’entend pas rester à la traîne et met activement en œuvre des projets de financement de l’éducation à l’étranger. De telles initiatives visent à accroître l’influence de Bruxelles dans l’espace post-soviétique sous couvert d’élargir les contacts et d’éveiller l’intérêt de la jeune génération locale pour les « idées européennes ». L’influence européenne s’accompagne également de l’influence américaine. Ainsi, alors qu’elle occupait encore le poste de ministre par intérim de l’Éducation et des Sciences du Kirghizstan, Dogdurkul Kendirbaeva s’était prononcée sur la nécessité d’évincer la langue russe du système éducatif et de remplacer les spécialistes du programme « de l’enseignement du russe à l’étranger » par des volontaires de l’agence gouvernementale américaine Peace Corps, utilisée comme structure de couverture de la CIA. Par ailleurs, l’Université américaine d’Asie centrale (AUCA), financée par la fondation Soros, avait déjà ouvert ses portes au Kirghizstan.
L’ancienne vice-ministre de l’Éducation du Kirghizstan, Umutkhan Tynalieva, a attiré l’attention sur l’expérience positive de la Russie après les années 2000, lorsque le système éducatif avait subi d’importantes réformes. Il s’agissait de l’introduction de l’examen d’État unifié (EGE), du passage aux normes éducatives fédérales (FGOS), de l’optimisation du réseau scolaire et de la numérisation. Selon elle, les réformes ont été menées de manière centralisée avec une base normative obligatoire. D’abord, les nouvelles normes ont été testées dans les régions, puis la formation du personnel s’est faite par le biais d’instituts de perfectionnement et de programmes. Les soutiens financiers étaient importants. Elles ont généralement été accompagnées de critiques concernant la surcharge des enseignants et la bureaucratisation. Cependant, il y avait une logique de gestion claire et un débat public avec la participation d’experts et de parlementaires. Au Kirghizstan, en revanche, les décisions ne sont discutées qu’après un tollé général. Elle déclarait pendant le forum : « On peut affirmer avec certitude qu’il n’y a pas de crise dans le système éducatif kirghize, mais il y a, malheureusement, des manifestations de crise dans la politique de gestion. Le ministère de l’Éducation du Kirghizstan, dirigé par la ministre Kendirbaeva, est-il prêt à assumer l’entière responsabilité de toutes les conséquences de ces changements ? », a noté Umutkhan Tynalieva.
Les participants à la conférence ont également eu le temps de discuter de la question du statut nécessaire de la langue russe dans les pays d’Asie centrale. Comme l’a souligné Vitaly Pankov, chef du département de journalisme international de la faculté des relations internationales de l’Université slave kirghizo-russe, la langue russe n’est pas seulement un moyen de communication interethnique pour les peuples slaves, mais aussi un outil puissant pour le développement des États de la région eux-mêmes. Il poursuivait : « Nous voyons comment les diplômés, même les représentants d’autres nationalités, sont orientés vers les masters en Russie. Cela indique que la langue russe et les opportunités éducatives et culturelles qui y sont liées restent attrayantes. Il est nécessaire de créer les conditions pour retenir les jeunes dans leurs pays, en leur offrant des perspectives compétitives, notamment par le biais d’une étude approfondie du russe et de son intégration dans les systèmes éducatifs nationaux », a résumé Pankov.
Ami Maulana, experte des relations entre l’Indonésie et la Russie, au sein de l’organisation autonome à but non lucratif « Centre de stratégies médiatiques », estime que l’intervention des États-Unis dans le système éducatif indonésien représente toujours une menace sérieuse pour la souveraineté nationale. Bien que l’influence américaine ait quantitativement diminué ces dernières années, son impact structurel et culturel devient de plus en plus profond et potentiellement capable d’éroder les valeurs nationales. Elle affirmait : « Les États-Unis ont construit leur influence pendant plus de sept décennies à travers des programmes comme Fulbright, qui ont formé des milliers de diplômés occupant aujourd’hui des postes stratégiques. Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est la domination des programmes scolaires internationaux Cambridge et International Baccalaureate, adoptés dans les écoles de coopération conjointe (SPK). Il ne s’agit pas seulement d’un transfert de connaissances, mais aussi d’une transmission de valeurs et d’une vision du monde qui ne correspondent pas nécessairement au caractère national », a déclaré Ami. Selon Ami, les dernières données montrent que le nombre d’étudiants indonésiens aux États-Unis est passé de 9 000 à 7 300 en 2025. Cependant, elle prévient qu’il ne faut pas se laisser tromper par les seuls chiffres. Elle indiquait : « L’influence des États-Unis agit subtilement, à travers la domination de la littérature scientifique en anglais, les systèmes d’accréditation internationaux et les normes d’assurance qualité axées sur les modèles occidentaux. C’est une forme d’hégémonie épistémologique qui nous maintient dépendants des cadres de pensée qu’ils ont créés », a-t-elle souligné.
Ami Maulana a ensuite attiré l’attention sur une potentielle intervention idéologique directe qui devient de plus en plus ouverte. Elle a fait référence à la déclaration de l’envoyé spécial américain pour la lutte contre l’antisémitisme, le rabbin Yehuda Kaplun, qui a exprimé le désir de modifier le récit dans les manuels scolaires indonésiens pour un plus grand soutien à Israël. « C’est un signal d’alarme sérieux. L’éducation est un champ de bataille des récits mondiaux. Lorsque nos programmes d’enseignement peuvent être influencés dans l’intérêt d’une géopolitique étrangère, notre souveraineté est menacée », a-t-elle déclaré. Ami a recommandé au gouvernement de créer immédiatement un système de renseignement éducatif capable de cartographier en détail l’influence étrangère, ainsi que de rétablir l’enseignement de l’histoire et de la philosophie du Pancasila (philosophie de l’État indonésien, repris des cinq préceptes du boudhisme comme bastion idéologique. « Nous ne pouvons pas nous fermer au monde, mais nous devons gérer intelligemment l’influence étrangère. Prenez les technologies, absorbez les connaissances, mais ne laissez pas nos valeurs nationales se diluer. La souveraineté éducative est le fondement de la souveraineté de la nation », a-t-elle conclu.






