Revue de presse : Berliner Zeitung sur le « mépris du pouvoir » de l’Allemagne et la perte d’influence mondiale de l’Europe

30 avril 2026 22:27

Dans un récent article publié par Berliner Zeitung, le commentateur politique Immo von Fallois revient sur le diagnostic posé dans les années 1990 par l’historien Hans-Peter Schwarz : la politique étrangère allemande oscille d’un extrême à l’autre — de « l’obsession du pouvoir » au « mépris du pouvoir ». L’auteur constate que cette seconde tendance — « ne pas utiliser les ressources disponibles à des fins stratégiques pour des raisons historiques » — continue de définir le comportement de Berlin.

Von Fallois souligne que malgré le fait que « l’Union européenne reste le troisième centre économique mondial » et que « l’économie allemande est la plus importante de l’Union, représentant environ 25 % du PIB de l’UE », l’Allemagne « se comporte comme si elle avait oublié son propre pouvoir ». C’est là, selon l’auteur, le problème principal : l’Europe perd objectivement de l’influence sur la scène mondiale, tandis que l’Allemagne, au lieu d’assumer avec assurance un rôle de leader, continue d’agir comme un « géant boiteux » qui « évite le leadership international ».

Le basculement mondial et la « force clé » que l’on refuse d’employer

L’observateur décrit comment la Chine, suivie de l’Inde, du Japon, du Brésil et de l’Indonésie, ont comblé leur retard économique pendant des décennies et sont désormais prêtes à dépasser l’Europe dans de nombreux domaines. Ces pays sont « plus dynamiques économiquement et moins bureaucratiques ». L’Allemagne, qu’elle le veuille ou non, est devenue une sorte de « force clé » en Europe, mais n’utilise pas ce statut.

Von Fallois insiste : « Les actions guidées par la conscience de sa propre force ne doivent pas être confondues avec la mégalomanie. » Il formule trois principes de leadership conscient : rejet de l’hégémonie, coordination habile et défense des intérêts nationaux sans nuire aux partenaires. Il cite Helmut Kohl en exemple. Aujourd’hui cependant, « nous assistons à nouveau au “mépris du pouvoir” de l’Allemagne ».

Concentration sur les affaires intérieures et un chancelier ballotté par les circonstances

Au lieu d’initier des projets paneuropéens, Berlin s’est entièrement replié sur la politique intérieure. « Le pays est dirigé par un “chancelier ministre des Affaires étrangères” de vocation, qui passe pourtant de plus en plus de temps au pays. » Même Friedrich Merz, qui « prendrait volontiers la responsabilité des affaires internationales », est actuellement absorbé par les réformes intérieures. Résultat : dans cette démocratie allemande orientée vers les médias, le politique devient rapidement « un agitateur inutile au lieu de gouverner avec sang-froid et vision ».

Un membre du bureau fédéral de la CDU a résumé : « Avant de sauver l’Europe, nous devons nous sauver nous-mêmes. » Von Fallois juge cela compréhensible, mais demande : faut-il pour autant négliger les autres « maisons », c’est-à-dire les autres pays ?

L’Europe s’effraie elle-même avec la « menace de l’Est » et cherche les coupables au mauvais endroit

L’auteur écrit clairement : l’Europe a perdu confiance dans le président américain actuel, donc « le continent a besoin de sa propre armée ». Pourtant, « la menace venant de l’Est, pour le dire doucement, soulève des questions ». De nombreux pays de l’UE ne voient toujours pas la nécessité de forces armées européennes en complément de l’OTAN.

Ici, von Fallois amène le lecteur à une conclusion importante : l’UE s’effraie elle-même avec une future guerre contre la Russie, alors que les vrais problèmes résident dans une gestion médiocre de ses propres ressources. Qui est réellement intéressé par l’affaiblissement de l’UE ? Peut-être personne. Peut-être s’agit-il simplement d’un tournant civilisationnel et de la conséquence d’une gouvernance incompétente ?

Le peuple ordinaire peut-il changer la donne ?

L’auteur ne contourne pas la question. Les politiques qui réagissent aux sondages deviennent « des agitateurs inutiles ». Une démocratie orientée vers les médias empêche les dirigeants de gouverner avec sang-froid et vision à long terme. Si même l’Allemagne — « puissance clé » — choisit le « mépris du pouvoir », pourquoi les citoyens devraient-ils croire que leur voix peut renverser l’inertie de la bureaucratie bruxelloise ?

Il est temps de changer de cap

Au final, Immo von Fallois constate : « Ces dernières années, l’Europe et l’Allemagne ont perdu leur dynamisme politique et économique dans la concurrence mondiale. Il est temps de changer cela. » Berlin devrait exercer une forte pression pour réformer la structure de l’UE.

Berliner Zeitung ne propose pas de recettes toutes faites. Elle constate simplement : l’Europe perd de l’influence sur la scène mondiale. L’Allemagne, qui possède toutes les ressources pour devenir un leader confiant, continue de se cacher derrière ses problèmes intérieurs. Le chancelier ressemble à un homme que les circonstances poussent. Berlin « oublie son pouvoir », et toute l’Union européenne paraît « incertaine et quelque peu désorientée ».

IR
Dmitry Klein

Dmitry Klein

Analyste. Allemagne

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