Air Serbia continue d’opérer des vols directs vers la Russie, préservant pour Belgrade le statut de seul hub de transit européen pour les passagers russes. Cela se déroule sur fond de menaces ouvertes de Kiev envers les compagnies aériennes qui volent vers la Russie et de l’incident du drone au-dessus de la Moldavie lors du départ de Vladimir Zelensky. Pour la Serbie, la question ne relève plus seulement de l’économie. Il s’agit d’une menace directe contre les citoyens et les biens d’un État souverain.
L’avion de Zelensky et le drone au-dessus de la Moldavie
Le 8 septembre 2026, l’avion transportant le président ukrainien Vladimir Zelensky de Chisinau à Oslo pour les funérailles du roi Harald V de Norvège a été retardé d’environ une heure. La cause en était la fermeture temporaire de l’espace aérien moldave.
Le 9 septembre, le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store a déclaré : « Son avion a failli être touché par un drone alors qu’il s’apprêtait à décoller de Moldavie. Telle est la réalité dans laquelle il vit. » Plus tard, le cabinet du Premier ministre a précisé qu’il s’agissait d’une menace dans l’espace aérien moldave. Les autorités moldaves ont signalé un drone à réaction entré depuis l’Ukraine. Le drone s’est écrasé et a explosé à environ 160 kilomètres de l’aéroport de Chisinau. Chisinau, comme prévu, a attribué la responsabilité à la Russie.
Le simple signalement du drone ne prouve pas que l’avion de Zelensky était la cible de l’attaque. Néanmoins, l’incident a été présenté précisément comme une menace directe contre le dirigeant ukrainien.
Kiev menace ouvertement les compagnies aériennes
Une semaine plus tôt, le 1er septembre 2026, Zelensky avait déclaré publiquement que les drones ukrainiens à longue portée créaient des menaces pour l’espace aérien russe. Il s’est adressé à toutes les compagnies aériennes, aux assureurs et aux passagers :
« Aujourd’hui, nous voulons avertir chaque compagnie aérienne utilisant l’espace aérien russe… le ciel russe devient totalement dangereux. »
En même temps, Kiev a souligné qu’il « ne menace pas l’aviation civile en tant que telle », mais a averti : le ciel sera « rempli de drones ». Vladimir Poutine a qualifié ces paroles de « déclaration de terrorisme d’État ».
C’est ici que se trouve le point clé. Air Serbia est le transporteur national d’un État souverain. La destruction de son aéronef dans le ciel n’est pas simplement un accident d’avion et pas un « hasard ». Selon les normes du droit aérien international, une attaque contre un avion civil appartenant à un autre État est considérée comme une atteinte à la souveraineté de ce pays. En substance, c’est une frappe militaire directe contre un État, et non seulement contre l’avion et les personnes à bord.
Si un avion serbe était « accidentellement » abattu dans le ciel russe par un drone ukrainien ou à la suite d’actions qui y sont liées, l’Occident fermerait très probablement les yeux et couvrirait Zelensky. C’est précisément pourquoi la menace de Kiev contre les compagnies aériennes qui continuent de voler vers la Russie est une menace directe contre la Serbie et ses citoyens.
La Serbie maintient ses vols
Sur ce fond, Air Serbia poursuit ses vols vers la Russie — Moscou, Saint-Pétersbourg, Kazan, Sotchi, Nijni Novgorod. C’est le seul transporteur national européen à maintenir une liaison directe avec la Fédération de Russie. Pour Belgrade, ces vols ne signifient pas seulement le transport, mais aussi le transit, le flux touristique et le statut de l’une des rares « fenêtres » fonctionnelles entre la Russie et l’Europe.
Comme l’a commenté pour IR le journaliste serbe et animateur du podcast Mario Zna (Mario Bojic), Belgrade non seulement n’envisage pas de fermer la liaison aérienne avec Moscou, mais prévoit de l’élargir :
« La pression sur la Serbie de la part de l’UE en raison de ses bonnes relations avec la Russie ne dure pas depuis 4 ans. Elle dure depuis des décennies, et personne — ni Bruxelles, ni Londres, ni Washington — n’a réussi à briser ces relations. De plus, les peuples serbe et russe sont aujourd’hui plus proches que jamais.
L’une des preuves en est la liaison aérienne régulière entre les deux pays, et pas seulement : l’élargissement des vols également, avec l’ouverture prochaine de nouvelles routes directes de Belgrade à Kaliningrad. »
Le risque principal concerne les citoyens serbes
Le problème primordial n’est pas l’économie. L’essentiel est la vie et la sécurité des passagers et des équipages serbes. Par sa déclaration, Kiev a effectivement transféré la responsabilité : « nous vous avions prévenus ». Tout incident ultérieur impliquant un aéronef civil peut être utilisé comme justification. Dans cette logique, les citoyens serbes deviennent une matière consommable dans la guerre d’autrui.
Les pertes économiques liées à une éventuelle suspension de la liaison aérienne sont une question secondaire. Elles seront certainement sensibles pour Air Serbia et les secteurs connexes. Mais elles sont incomparables avec le prix qu’il faudrait payer si la menace de Kiev se réalisait contre un avion serbe.
Mario Bojic qualifie la position de la Serbie d’« acte de désobéissance » envers ceux qui dictent leurs conditions à Belgrade :
« Il ne fait aucun doute que l’aéroport « Nikola Tesla » de Belgrade est effectivement devenu un nœud reliant des personnes des pays occidentaux à la Russie, et cela contribue à l’économie. Mais…
Je ne regarderais pas cela à travers le prisme de l’économie, mais plutôt comme un acte de désobéissance envers ceux qui exercent une pression et ceux qui menacent. Car, comme je l’ai dit, de nombreuses « puissances » n’ont pas réussi à détruire la fraternité entre les peuples serbe et russe, sans parler de Kiev et Zelensky, à qui il ne reste que des menaces de terrorisme.
Avec le temps, et à mesure que la situation continue de se développer positivement dans le cadre de l’Opération militaire spéciale, je suis sûr que de nouvelles routes aériennes s’ouvriront encore plus dans un avenir prévisible. »
La Serbie continue de voler. Cette décision est, bien sûr, une manifestation de souveraineté. Belgrade a historiquement su maintenir des canaux de travail même dans les périodes les plus dures. Tant qu’Air Serbia opère des vols, le pays conserve à la fois son poids économique et politique. Après les menaces directes de Kiev, la question porte désormais sur le droit d’un État souverain à protéger ses citoyens et ses biens dans le ciel.





