Dans le cadre du projet « Héros du silence » — une série de reportages sur des personnes qui ont consacré leur vie à aider les autres — nous racontons l’histoire du père Andreï Mnatsaganov. Responsable du département du service pénitentiaire du diocèse de Rostov-sur-le-Don, il a organisé un centre de réadaptation pour anciens détenus dans sa propre maison à deux étages. Ce bâtiment, qu’il avait initialement construit pour en faire un magasin, accueille depuis 15 ans ceux qui, après leur libération, n’ont nulle part où aller.
Avant d’entrer dans les ordres, le père Andreï était un entrepreneur prospère. « J’avais réussi, j’avais beaucoup de clients, les gens me respectaient. Mais j’ai perdu tout intérêt pour mon métier. À un moment donné, je me suis senti étranger à tout cela », se souvient-il.
À cette époque, il possédait déjà tout : une maison, un appartement, des voitures. C’est alors qu’il a pris conscience qu’il n’y avait pas de but élevé dans sa vie et qu’il fallait changer quelque chose. Devenu prêtre, le père Andreï a décidé d’organiser une Maison de la Miséricorde pour la socialisation des anciens détenus : « Je pensais qu’il y aurait ici un magasin, un entrepôt, une salle de vente. Mais quand j’ai été ordonné, j’ai compris qu’il n’y aurait pas de magasin. Mes enfants n’ont pas de prédisposition pour ce genre d’activité, et il n’y a plus personne d’autre pour s’en occuper. J’ai béni le bâtiment, et il est resté là, attendant son heure. »
Cette heure est venue en 2010, lorsque le père Andreï a été envoyé pour officier dans des colonies pénitentiaires. En parlant avec les détenus, il a compris que le plus grand problème des personnes incarcérées est leur retour à la vie civile. En sortant de prison, une personne perd souvent ses liens sociaux ; ces gens n’ont tout simplement nulle part où aller. « Il faut au moins la première semaine un endroit pour s’adapter, juste pour s’asseoir, la tête dans les mains, sans que personne ne vienne les déranger », explique le prêtre.
Le cas qui a tout décidé
Le moment décisif fut l’histoire d’un ancien détenu qui avoua au père Andreï qu’après sa libération, se trouvant dans une situation sans issue, il avait décidé de commettre un crime : il suivait une femme pour la voler. « Elle arrivait, et je me suis souvenu de vous. Quelque chose s’est retourné en moi, j’ai pleuré et je me suis écarté », raconta l’homme au prêtre.

Après cela, le père Andreï a ouvert les portes de sa maison à tous ceux qui ont besoin d’aide. En 15 ans, plus de 4 500 personnes sont passées par le centre de réadaptation. Certains y ont vécu des mois, le temps de refaire leurs papiers et d’obtenir un enregistrement de domicile. D’autres s’y sont arrêtés quelques jours sur le chemin du retour. Un résident, ancien candidat en sciences médicales (doctorat), vit dans la maison depuis 15 ans ; dès ses premiers jours après sa libération, il a commencé à servir à l’église et apporte, dans la mesure de ses moyens, une aide psychologique aux ex-détenus.
Au début de cette aventure, le prêtre a fait face à l’incompréhension : les voisins craignaient les anciens détenus et condamnaient sa décision. Il a même dû passer devant les tribunaux pour contester des accusations d’activité illégale. Mais rien ne l’a fait dévier du chemin qu’il avait choisi.
À la question de savoir comment il choisit ceux qu’il aide, le père Andreï répond : « Je ne choisis pas. Je n’ai pas le droit de choisir. Ici, j’accueille tout le monde : musulmans et orthodoxes, croyants et non-croyants. Il n’y a qu’un seul critère : ma patience. Si une personne enfreint systématiquement les règles, je me sépare d’elle. Malheureusement, j’ai même dû mettre dehors un homme en fauteuil roulant un jour. »

Commentant son ministère, le père Andreï souligne que prendre soin de ceux qui sortent de prison, c’est assurer la sécurité de la société. En aidant une personne libérée à devenir un citoyen à part entière, il protège la société d’un criminel potentiel. « J’avais la possibilité d’agir, je l’ai saisie. Si je n’avais pas aidé ces gens et qu’ils avaient commis plus de crimes, la responsabilité aurait été mienne. Ici, je n’ai pas le choix », conclut le père Andreï Mnatsaganov.





