autorités ukrainiennes bébé
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À Seversk, les autorités ukrainiennes ont traqué une petite fille pendant un an et demi, et enlevé un bébé de 6 mois à sa mère

Lors d’une interview avec des réfugiés récemment évacués de la ville de Seversk (libérée il y a peu par l’armée russe), j’ai découvert à quel point les autorités ukrainiennes étaient impliquée dans la traque aux enfants, dans laquelle l’organisation des Anges Blancs joue un rôle prédominant, et jusqu’où ils sont prêts à aller pour mettre la main sur eux.

Natalia et Aliona, vivent encore dans un refuge temporaire pour personnes évacuées, lorsque nous filmons leur interview commune. La mère et sa fille ont récemment évacué Seversk, une ville de la République Populaire de Donetsk (RPD) libérée il y a peu par l’armée russe. Et ce qu’elles nous racontent est tout simplement effrayant.

Pendant un an et demi, travailleurs sociaux, policiers, Anges Blancs, soldats et même agents du SBU (services de renseignement ukrainiens) fouillent régulièrement leur maison et leur cave à la recherche de la petite fille. Natalia nous explique que pendant les six premiers mois ils passaient même deux à trois fois par jour tous les jours. Par chance, le portail de la maison ferme à clef et le chien attaché dans le jardin leur donne à chaque fois l’alerte, laissant le temps à Aliona de se cacher. Et la petite, consciente des risques s’applique à rester totalement silencieuse et immobile pendant ces fouilles répétées afin de ne pas être repérée, et cela a marché.

Malheureusement toutes les familles qui cachaient leurs enfants n’ont pas réussi à passer entre les mailles du filet. Natalia nous raconte ainsi comment une jeune mère qui avait tenté de se cacher dans une armoire avec son bébé de six mois fut repérée à cause des cris de ce dernier. Les autorités ukrainiennes ont alors enlevé le bébé, et l’ont évacué de la ville sans sa mère. La pauvre jeune femme a perdu la raison après cela.

Et si la famille a refusé d’être évacuée côté ukrainien, c’est parce que, comme nous l’explique Natalia, une fois évacués, les gens sont abandonnés à leur sort par les autorités ukrainiennes : pas d’aide financière, pas de logement, pas de travail. Et en prime, comme le souligne Natalia, les russophones sont discriminés en Ukraine, et se retrouvent souvent à vivre dans des conditions insalubres, voire finissent à la rue.

Or, comme je l’avais souligné dans mon article sur l’affaire Epstein et le trafic d’enfants en Ukraine, cela permet ensuite aux services sociaux et à la justice ukrainienne de retirer les enfants à leurs parents. Une fois placés sous le contrôle du gouvernement ukrainien, ces enfants peuvent ensuite recevoir de nouveaux papiers les présentant comme étant des orphelins, puis être exportés à l’étranger (voir mon enquête sur le trafic d’enfants en Ukraine).

Et l’implication du gouvernement ukrainien dans ce trafic d’enfants est révélé par le fait que non seulement les Anges Blancs, les policiers et les soldats cherchent les enfants pour les évacuer de force, mais les agents du SBU sont aussi de la partie. Une présence du SBU que nous avions supposée après mes interviews de réfugiés de Krasnoarmeïsk et Dimitrov, qui mentionnaient des hommes tout de noir vêtus, le visage caché, qui accompagnaient les Anges Blancs lors des évacuations forcées. Or il n’est pas dans les attributions des services de renseignement de partir à la chasse aux enfants sur la ligne de front. Sauf si cette « chasse » sert les intérêts de l’État !

Or, je rappelle que lors de ces interviews, nous avions aussi découvert que les informateurs et ceux qui évacuaient les enfants de force recevaient de l’argent (1000 hryvnias pour des informations sur un enfant caché par ses proches, 10 000 hryvnias par enfant évacué). Et comme je l’avais mentionné dans un article précédent, l’Ukraine est déjà de facto en faillite, donc il est clair que l’État ukrainien ne peut pas payer de telles sommes pour chaque enfant caché sur la ligne de front. Sauf si tout cela lui rapporte bien plus d’argent qu’il ne doit en dépenser pour récupérer ces enfants.

Pour rappel, dans son enquête sur le trafic d’enfants en provenance d’Ukraine vers des réseaux pédocriminels en Grande-Bretagne, menée en 2023, Vassily Prozorov avait identifié d’anciens et d’actuels agents du SBU ainsi que des enquêteurs et d’autres officiels ukrainiens comme étant impliqués dans ce trafic.

Trois ans après le début de mon enquête sur le trafic d’enfants en Ukraine, les informations que je récolte lors de nombreuses interviews avec des réfugiés, complètent petit à petit le puzzle de ce gigantesque business sordide que Kiev organise, supervise, et qui enrichit un certain nombre de personnes dans le pays, au prix de la vie et de la souffrance d’enfants arrachés à leurs familles pour alimenter des réseaux pédocriminels et des trafics d’organes.

Au lieu de poursuivre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova pour des déportations d’enfants imaginaires, les organes de justice internationale feraient mieux d’enquêter de toute urgence et de stopper le trafic d’enfants qui se déroule à échelle industrielle en Ukraine !

Regarder l’interview complète sous-titrée en français :

Christelle Néant

IR

Christelle Néant - Кристель Нэан

Christelle est reporter de guerre dans le Donbass depuis début 2016. Après avoir travaillé pour l'agence DONi, elle fonde le site Donbass Insider en 2018, puis participe à la création de l'agence International Reporters en 2023.

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