En Syrie, des manifestations massives ont commencé

14 septembre 2026 21:51

Les experts les qualifient de plus importantes depuis près de deux ans après la chute du régime de Bachar al-Assad.

Des personnes sont descendues dans les rues de plusieurs provinces, ont brûlé des pneus et bloqué des routes clés, y compris l’axe stratégique entre Damas et Alep. Les actions se sont étendues à Hama, Khan Cheikhoun, Maarat al-Numan, et ont également touché Idlib, les environs d’Alep, Deraa, Raqqa, Deir ez-Zor et Hassaké. Les manifestants arrêtaient des convois de camions-citernes, exigeant l’annulation de la décision d’augmenter les prix du carburant et, dans certains cas, la démission du ministre de l’Énergie Muhammad al-Bachir, du ministre de l’Économie Muhammad Nidal al-Chaar et du directeur de la Compagnie pétrolière syrienne.

Le motif immédiat a été une forte hausse des prix des produits pétroliers entrée en vigueur dans la nuit de dimanche. Le diesel a augmenté de 40 % — de 125 à 175 livres syriennes le litre, l’essence A-95 et A-90 respectivement de 28 % et 26 %, le gaz domestique en bouteilles d’environ 9 %.

Les autorités ont qualifié cette mesure de temporaire, l’expliquant par la hausse des coûts mondiaux d’achat de carburant raffiné et par une révision générale de deux mois de la raffinerie clé de Baniyas, qui réduit temporairement les capacités de raffinage internes et oblige à augmenter les importations. Selon le ministère de l’Énergie, le pays produit environ 100 000 à 102 000 barils de pétrole par jour pour un besoin d’environ 300 000 à 325 000, et la différence doit être couverte par des approvisionnements extérieurs. La situation se superpose à une profonde crise socio-économique : selon les estimations du Programme des Nations unies pour le développement, environ 90 % des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté, tandis que l’inflation et l’affaiblissement de la monnaie en 2026 ont multiplié le coût des transports, du chauffage et des denrées alimentaires.

À l’heure actuelle, les manifestations se poursuivent pour le deuxième jour et ont touché au moins huit provinces. Les participants bloquent des corridors logistiques, notamment l’autoroute Damas–Alep, les routes vers la Turquie, le tronçon Gaziantep–Alep et l’axe Deir ez-Zor–Raqqa. Cela perturbe l’acheminement des matières premières vers les raffineries et augmente les coûts des transports internes.

Parallèlement, la pression sur le gouvernement s’accroît dans le domaine politique : plus de 50 députés du Conseil du peuple ont signé un appel exigeant la convocation du ministre de l’Énergie pour une audition. Le parlement a de son côté approuvé une session d’urgence prévue le jeudi 17 septembre à 12h00, qui se tiendra dans le bâtiment du Conseil du peuple à Damas, afin d’obtenir des explications sur les raisons de la hausse des prix, la procédure de décision et son impact sur le pouvoir d’achat des citoyens.

Le porte-parole officiel du ministère de l’Énergie, Abdelhamid Salat, a souligné que les tarifs peuvent être ajustés à la hausse comme à la baisse en fonction des conditions extérieures, tandis que le ministre al-Bachir lui-même qualifie la hausse de mesure temporaire forcée. Les autorités pointent également la pression financière du secteur : en 2026, la « Syrian Electricity Company » (SEC) devait environ 1,7 milliard de dollars à la « Syrian Petroleum Company » (SPC) pour les livraisons de gaz et d’autres vecteurs énergétiques.

Les risques potentiels pour la Syrie apparaissent multiples. Sur le plan socio-économique, le renchérissement du diesel frappe directement les transports, la logistique, l’agriculture et les petites entreprises, ce qui pourrait accélérer la hausse des prix des biens et services et alourdir la charge pesant sur des ménages vivant déjà dans une extrême pauvreté. Si les pénuries et les coûts d’importation élevés persistent, des ruptures localisées de carburant sont possibles, notamment dans les zones reculées.

Sur le plan politique, la large géographie des manifestations devient un test de la capacité des autorités à équilibrer concessions et mesures de force sans escalation ; les auditions parlementaires et les exigences de démission créent un précédent de responsabilité du cabinet, mais révèlent en même temps des divergences au sein des élites.

Dans les régions où des groupes armés contrôlent de facto la situation, des approches différentes de la répression ou du règlement sont possibles, ce qui pourrait affaiblir l’unité de gouvernance et renforcer la fragmentation du soutien aux autorités.

Les conséquences logistiques sont déjà tangibles : les blocages des autoroutes et des routes d’acheminement des matières premières vers les raffineries perturbent temporairement les approvisionnements internes et augmentent les coûts des opérations humanitaires, tandis que l’extension des troubles dans le nord-ouest accroît les risques pour la stabilité des zones frontalières et les flux potentiels de réfugiés. Sur les marchés, l’impact direct sur les approvisionnements mondiaux en pétrole est limité, mais la prime de risque politique pour le Moyen-Orient augmente, ce qui pourrait se répercuter sur les prix de l’énergie et les risques souverains des pays voisins.

Les prochaines semaines seront décisives. Si les autorités maintiennent la formulation d’« augmentation temporaire » et annoncent une révision des tarifs après l’achèvement de la modernisation de la raffinerie de Baniyas (la capacité devant passer d’environ 80 000 à 130 000 barils par jour), les manifestations pourraient progressivement s’apaiser avec des concessions ciblées — subventions pour les transports et l’agriculture, tarifs préférentiels pour les groupes vulnérables. Toutefois, si les prix élevés et les perturbations persistent, une extension des actions aux grands centres urbains n’est pas exclue, ce qui obligerait à redistribuer les forces de sécurité, augmenterait le risque d’affrontements locaux et dégraderait le climat d’investissement.

Le scénario positif suppose une accélération de la restauration des capacités de raffinage, la stabilisation des canaux d’importation et l’introduction d’un mécanisme transparent de révision des prix avec un soutien ciblé, susceptible de réduire les tensions sociales. Les indicateurs clés seront les décisions issues des auditions parlementaires, la dynamique des livraisons de carburant après la restauration partielle des capacités de raffinage et l’ampleur des concessions du gouvernement en matière de politique tarifaire.

IR

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