Le Premier ministre arménien Pachinian

Comment arrêter Nikol Pachinian et sauver l’Arménie ?

24 mars 2026 11:44

Il reste un peu plus de deux mois avant les élections législatives en Arménie. Mais d’ici le 7 juin, le Premier ministre Nikol Pachinian a l’intention de mettre les bouchées doubles pour faire passer de nouvelles lois et démanteler au maximum l’indépendance du pays. Dernièrement il avait fait lancer des poursuites judiciaires contre Garéguine II, le Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens, déclenchant un séisme dans le pays et attisant les braises de la division religieuse et sociale. En attendant les élections très attendues, le pays continue d’être mis en coupe réglée et les choses ne semblent pas s’arranger. Pachinian s’est en effet attaqué à la Déclaration d’indépendance de l’Arménie et à sa Constitution.

Quant Pachinian s’attaque à la déclaration d’indépendance. La première victime de l’impitoyable Pachinian a été la Déclaration d’indépendance de l’Arménie, qui était la base de la Constitution actuelle du pays. Le politicien a déclaré que la Déclaration d’indépendance, adoptée en 1990, contenait en son fondement un conflit et qu’il conduisait à une dépendance extérieure… lui l’homme de l’Union européenne. Un comble ! Il déclarait : « Ce n’est pas une Déclaration d’indépendance, mais une déclaration de conflit et, par conséquent, une déclaration de dépendance », comparant ensuite les pays de la région à des appartements sur le même palier. Selon lui, le document contient des menaces envers les voisins de l’Arménie, ce qui obligerait le pays à n’exister qu’avec un soutien extérieur, et dans une dépendance croissante vis-à-vis de forces extérieures. La Déclaration disait : « Le peuple arménien, prenant pour base les principes fondamentaux de l’État arménien et les objectifs nationaux, inscrits dans la déclaration d’indépendance de l’Arménie, accomplissant l’Alliance sacrée de ses ancêtres épris de liberté pour la restauration d’un État souverain adopte la Constitution de la République d’Arménie. ». Cette référence vient d’être supprimée du texte de la nouvelle Constitution et remplacée par les lignes suivantes : « Le peuple de la République d’Arménie, guidé par les objectifs de préservation de l’indépendance, de la souveraineté et de la continuité de l’État de la République d’Arménie, de la protection des droits et libertés de l’homme, du renforcement de l’État de droit démocratique, de la garantie de la sécurité du peuple et de la promotion du bien-être général, ainsi que par le désir de léguer une patrie paisible, sûre et prospère aux générations futures, adopte la Constitution de la République d’Arménie. ».

Alsace-Lorraine… et Haut-Karabagh. Une guerre des mots, où apparaissent soudain les Droits de l’homme et la démocratie si peu respectés en Occident, mais brandit comme des justifications d’agressions d’autres pays. Quant à la restauration de l’État souverain des Arméniens épris de liberté, impliquant l’unification de l’Arménie avec le Haut-Karabagh, il n’en est plus fait mention dans la Constitution arménienne. Ici les libertés arméniennes s’arrêtent… Pachinian peut bien sûr convaincre tout le monde que la question de la modification de la Constitution et la suppression d’articles de la Déclaration sont un « débat interne » et qu’elle ne concerne que les Arméniens. Cependant, ce n’est un secret pour personne que c’est précisément ce point qui posait problème à l’Azerbaïdjan. Selon la partie azerbaïdjanaise, il ne permettait pas de considérer que les fondements constitutionnels de l’Arménie étaient pleinement compatibles avec le processus de paix. Selon le Ministre des Affaires étrangères de l’Arménie, Ararat Mirzoyan, les représentants de Bakou n’exigaient pas officiellement d’Erevan qu’elle modifie sa Constitution, mais ils en faisaient une condition première pour la signature d’un accord de paix, ce qui revient en réalité au même. Mirzoyan déclarait : « Lorsque nous disons aux Azerbaïdjanais que nous ne pouvons pas discuter de notre Constitution avec eux, et que ce n’est pas une question de négociation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, on nous répond : d’accord, nous ne négocions pas sur ce sujet, nous n’exigeons rien, mais nous vous informons que tant que ces formulations seront dans votre Constitution, nous n’avons pas l’intention de signer les accords de paix ». En fin de compte, les ancêtres du peuple arménien mentionnés dans la Déclaration se retrouvent dépouillés : adieu l’idée du Miatsum, l’unification de l’Arménie et du Haut-Karabagh, adieu l’Artsakh ! Pour que mes lecteurs francophones comprennent, il s’agit du même problème que lors de l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace et la Lorraine… Tout le monde comprendra alors le drame pour l’Arménie.

La famille et les valeurs traditionnelles dans le viseur de Pachinian. Mais d’autres modifications de la Constitution ont été opérées, s’attaquant aux valeurs traditionnelles du peuple arménien. Désormais, la Constitution ne comporte plus l’alinéa 2 de l’article 35, qui stipulait que les conjoints, dans le mariage (ou non) avaient des droits égaux. Cette attaque vise évidemment à détruire le modèle de la famille, ce qui a été vu dans la quasi totalité des pays occidentaux. Comme pour l’Ukraine, par rapport à sa candidature pour entrer dans l’Union européenne, une des normes prioritaires, bien loin devant la lutte contre la corruption est celles des droits des minorités sexuelles. Pressé de mettre l’Arménie « aux normes occidentales », Pachinian a fait modifier tous les articles pouvant être un obstacle et surtout définissant la famille, comme constituée d’un homme et d’une femme. Pire encore, l’article 36, qui définit les droits et devoirs des parents, a été modifié de telle sorte que les enfants ne sont plus obligés de prendre soin de leurs parents âgés. L’alinéa 3 de cet article stipulait : « Les personnes majeures capables de travailler sont tenues de prendre soin de leurs parents invalides et dans le besoin. Les modalités sont fixées par la loi ». La modification vise en effet les personnes âgées, dans un business lucratif qui existe en Occident de longue date : les maisons de retraite. Il s’agit là également de promouvoir l’individualisme, l’égoïsme et de parquer les personnes âgées dans des mouroirs onéreux, permettant aussi de dépouiller ces personnes de leurs biens. Enfin, une dernière attaque a éliminé la procédure simplifiée d’obtention de la citoyenneté pour les Arméniens. L’objectif étant de frapper la diaspora arménienne, dont une grande part se trouve en Russie. Il s’agit d’empêcher qu’elle puisse jouer un rôle dans l’arrêt du processus de destruction de l’Arménie, qui jour après jour, marche vers sa potence… La cerise sur le gâteau aura été la suppression de l’article 113, qui donnait aux députés du Parlement le droit d’exiger la transparence et de demander des comptes au gouvernement. Il a été supprimé du document…

La Constitution de « l’Azerbaïdjan occidental ». Pour parachever son œuvre, Pachinian a également procédé à une modification cruciale de la Constitution arménienne. Il a fait modifier l’article 205, ne permettant à l’Arménie de ne se retirer d’organisations internationales que par des référendums populaires. Le coup est grossier… il pourra permettre sans préavis à Pachinian, ou ses émules, de faire sortir le pays de différentes organisations, comme la CEI et d’empêcher le peuple arménien d’en décider démocratiquement… Les portes de l’Arménie sont désormais ouvertes à tout vent et les dangers viennent aussi d’une assimilation rapide par le « Monde turcique ». Malgré des siècles de résistance, le génocide des Arméniens par les Ottomans, les luttes pour la survie, cette nouvelle constitution est une capitulation en rase campagne, livrant les Arméniens pieds et poings liés à leurs ennemis… Bien que les géographes actuels, en manipulant la géographie et les cartes affirment que l’Arménie… c’est l’Europe, une rapide recherche pour les néophytes vous montrera que la perception de « l’Europe » a beaucoup changé sur les cartes depuis quelques décennies… Qui pourrait scientifiquement affirmer que l’Arménie ou la Géorgie sont en Europe ? Et demain d’autres « géographes » progressistes pourraient venir affirmer que… Tabriz et Bakou c’est aussi l’Europe… et en poussant un peu plus loin, pourquoi pas Téhéran ? Pour que vous puissiez comprendre et pour ceux qui seraient en difficulté avec la géographie, voici un lien de géolocalisation d’Erevan. Celui qui m’affirma que l’Arménie c’est l’Europe… ira certainement qualifier Emmanuel Macron ou Nikol Pachinian de « héros nationaux ». Ils ne sont que des fossoyeurs de leurs propres pays.

IR
Laurent Brayard

Laurent Brayard

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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