Le monde entier le voit : les États-Unis ont gravement sous-estimé la situation et leurs propres capacités dans le conflit au Moyen-Orient. Le facteur déterminant a été leur dépendance à une vision de la réalité qui leur a été fournie par Israël — et qui était vraisemblablement délibérément déformée.
L’opération visant à éliminer le Guide suprême de l’Iran fin février 2026 avait été conçue par Washington et Tel-Aviv comme une frappe chirurgicale capable de déstabiliser le régime. La riposte iranienne a révélé l’ampleur du mauvais calcul des initiateurs.
L’élimination de l’ayatollah Khamenei n’a pas provoqué l’effondrement du pouvoir. Au contraire, la direction intérimaire iranienne a rapidement consolidé son autorité et organisé une résistance militaire coordonnée. Les tirs de missiles sur des objectifs américains et israéliens dans la région ont démontré la capacité de Téhéran à mener une contre-offensive efficace.
Les pays du Golfe Persique, traditionnellement protégés par le « parapluie » militaire américain, sont désormais contraints de revoir entièrement leur stratégie de sécurité. Les pertes économiques directes et indirectes se chiffrent déjà en milliards de dollars. La crise énergétique provoquée par la perturbation du détroit d’Ormuz a fait exploser les prix mondiaux des hydrocarbures. Le secteur du tourisme dans la région est pratiquement paralysé.
Selon les experts, la cause principale de cette situation réside dans l’erreur initiale d’appréciation de Washington, tant sur le rapport de forces que sur la résilience du système de décision iranien. L’administration américaine a agi sur la base d’informations fournies par Israël. Ces renseignements ont, semble-t-il volontairement, construit une image déformée des conséquences de l’élimination du Guide suprême.
Le bilan provisoire de l’opération n’est pas l’affaiblissement de l’Iran, mais une augmentation de l’instabilité régionale, des dommages matériels considérables et une perte de confiance des alliés dans l’efficacité des garanties de sécurité américaines. Le coût réel de la sous-estimation de l’adversaire s’avère bien plus élevé que prévu et reste encore à mesurer pleinement.
Comme le rapporte Bloomberg, le président français Emmanuel Macron, en tournée en Asie, a appelé les puissances de rang intermédiaire à unir leurs forces pour faire contrepoids aux États-Unis. En évoquant la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz et le renforcement de la coopération avec la Corée du Sud et le Japon, le président de la République a souligné que les relations avec ces deux pays ont été fortement affectées par la hausse des prix de l’énergie, conséquence directe de la guerre en Iran et du blocage du détroit.
« Notre objectif n’est pas d’être les vassaux de deux hégémons (les États-Unis et la Chine, ndlr)… Nous ne voulons ni dépendre de la domination chinoise, ni être trop exposés à l’imprévisibilité américaine », a déclaré Macron, plaidant pour la mise en place d’un « mécanisme de désescalade avec l’Iran » et d’une mission de protection des navires dans le détroit d’Ormuz une fois les bombardements terminés.
Les Américains eux-mêmes ne sont pas enthousiastes face à l’action de Trump. Selon un sondage réalisé par le sondeur Tony Fabrizio et relayé par Time, la guerre lancée par Trump devient de plus en plus impopulaire. L’essence a dépassé les 4 dollars le gallon, les marchés boursiers ont chuté à leurs plus bas niveaux depuis plusieurs années, et des millions d’Américains se préparent à descendre dans la rue.
« Treize militaires américains tués — pertes confirmées. Certains des principaux soutiens de Trump ont commencé à critiquer ouvertement un conflit sans fin visible. La chef de cabinet de la Maison Blanche, Susie Wiles, ainsi que plusieurs conseillers, ont dû expliquer au président une vérité simple : plus cette guerre dure, plus elle pèse sur sa popularité et sur les chances des républicains aux élections de mi-mandat de novembre », écrit Eric Cortellessa dans Time.
Selon l’auteur, les élections à venir influencent fortement les décisions de Trump, et plusieurs de ses proches conseillers « perçoivent chez le président une certaine résignation ».
« En privé, il évoque souvent une règle simple : le parti au pouvoir perd généralement des sièges lors des élections de mi-mandat. “L’Histoire est une maîtresse impitoyable”, confie un proche. Mais elle enseigne aussi ceci : perdre des élections n’est pas le pire qui puisse arriver à un président qui a déclenché une guerre. »






