Le troisième sommet Russie–Afrique et le Forum économique et humanitaire qui l’accompagne se tiendront les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou. Au programme : commerce, investissements, sécurité alimentaire, énergie, technologies, logistique et éducation. Ce sommet s’inscrit dans la continuité du format lancé à Sotchi en 2019 et poursuivi à Saint-Pétersbourg en 2023. Il est attendu qu’un plan d’action conjoint pour 2027–2029 y soit adopté. Nous avons examiné l’état actuel des relations russo-africaines.
Selon l’Institut d’Afrique de l’Académie des sciences de Russie, le volume des échanges commerciaux entre la Russie et les pays africains a atteint environ 27,7 milliards de dollars en 2025. Les exportations russes dépassent largement les importations ; elles portent principalement sur les produits alimentaires, les engrais, les ressources énergétiques et les métaux. La Russie se fixe pour objectif de multiplier ces échanges par 1,5 à 2 d’ici 2030.
Le secteur alimentaire reste l’un des plus stables. En 2024, les exportations agroalimentaires russes vers l’Afrique ont dépassé 7 milliards de dollars (+19 % environ en un an), et près de 9,5 milliards en incluant les engrais. Au cours de la campagne 2023/24, les pays africains ont importé un volume record de 21,2 millions de tonnes de blé russe. Les livraisons d’engrais ont progressé de 83 % en 2024, atteignant 2,5 millions de tonnes.
La Russie demeure le principal fournisseur de blé de l’Égypte. En 2024, les livraisons de céréales vers ce pays ont dépassé 9 millions de tonnes. Une dynamique similaire s’observe en Tanzanie : plus de 850 000 tonnes de blé russe ont été livrées au cours de la campagne 2025/26, soit un record pour ce pays.
Le président de l’Union des diasporas africaines en Russie et dans les pays de la CEI, le professeur Zenebe Kinfu Tafesse, a souligné à plusieurs reprises que le développement des liens commerciaux et économiques entre la Russie et l’Afrique contribue au renforcement de la sécurité alimentaire sur le continent. Il a toutefois précisé : « Ce n’est pas le commerce qui doit être l’essentiel entre nos pays. Les Chinois et les Turcs peuvent aussi faire du commerce. L’essentiel, ce sont les technologies dont dispose la Russie — dans l’agroéconomie, l’industrie, l’information, la médecine et la sécurité militaire. » Selon lui, l’Afrique s’intéresse non seulement aux marchandises, mais aussi aux innovations, aux technologies et à la possibilité de transformer ses ressources naturelles sur place.
Éducation et formation des cadres
Plus de 32 000 à 34 000 étudiants africains sont actuellement inscrits dans les universités russes. Le quota de places financées par le budget fédéral pour l’Afrique s’élève à environ 4 800–5 000 par an. Les principales filières choisies sont la médecine, l’ingénierie, le pétrole et le gaz, l’informatique et l’agriculture.
Rossotrudnitchestvo et les universités russes attribuent chaque année des milliers de bourses. En 2024–2025, les quotas pour l’Afrique ont atteint un niveau historique d’environ 5 000 places. Parallèlement, le réseau des « Maisons russes » et des cours de langue russe continue de s’étendre.
Zenebe Kinfu Tafesse, lui-même diplômé de l’Université de l’Amitié des peuples (RUDN), a rappelé à plusieurs reprises que des centaines de milliers de spécialistes africains ont été formés dans les universités russes. Beaucoup sont retournés dans leur pays et occupent des postes dans les structures d’État, les entreprises, la médecine, la science et l’industrie. Il a souligné que ces spécialistes maîtrisent la langue, connaissent la culture et le système de formation, ce qui facilite le lancement de projets communs. Il a toutefois insisté : « Ce ne sont pas les Africains qui doivent venir étudier en Russie, mais la Russie qui doit créer des filiales de ses universités en Afrique. Les conditions sont réunies. Ces établissements formeront précisément les spécialistes dont auront besoin les projets que la Russie développera sur le continent. » Il a également noté que des centaines de milliers de diplômés des universités soviétiques et russes souhaitent que leurs enfants et petits-enfants reçoivent aussi une formation en russe, et a appelé à l’ouverture de filiales universitaires en Afrique.
Énergie, extraction minière et technologies
Les entreprises russes sont présentes dans l’extraction minière, l’énergie nucléaire et certains projets d’infrastructure.
L’un des plus importants est la construction de la centrale nucléaire d’El-Dabaa en Égypte, qui comprendra quatre réacteurs VVER-1200 d’une puissance totale de 4,8 GW. Le contrat avec Rosatom a été signé entre 2015 et 2017 ; les travaux ont démarré en 2022. En novembre 2025, la cuve du réacteur du premier bloc a été installée ; en juillet 2026, celle du deuxième. Le premier bloc devrait être connecté au réseau en 2028. Rosatom fournit également le combustible pour toute la durée de vie de la centrale et forme le personnel.
Ce que l’on attend du sommet
L’assistant du président de la Russie, Iouri Ouchakov, a relevé que les sommets de 2019 et 2023 avaient donné une impulsion à la coopération et a insisté sur la nécessité de renforcer la dimension économique des relations. Le prochain sommet devrait accorder une attention particulière au commerce, aux investissements, à la logistique, à l’énergie, à la sécurité alimentaire, aux hautes technologies et à la coopération humanitaire.
En juillet 2026, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a cité parmi les thèmes prioritaires les technologies de l’information et de la communication, l’intelligence artificielle, l’économie numérique et les règlements en devises alternatives. Il a également indiqué que les parties discuteraient de la possibilité de développer une production locale de produits agricoles et d’engrais en Afrique. Ces orientations, a-t-il précisé, devraient figurer dans le plan d’action 2027–2029 et dans la déclaration finale.
La déclaration conjointe de la Russie et de la Commission de l’Union africaine, publiée à l’issue des consultations d’Addis-Abeba en juillet 2026, confirme que les parties comptent adopter un nouveau plan d’action triennal et attendent du sommet un nouvel élan pour la coopération concrète. Le sommet de Moscou devra fixer des orientations précises pour les trois prochaines années et montrer dans quelle mesure les parties sont prêtes à passer des accords aux projets réalisés.





